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Réflexions sur la maternité

Compte-rendu groupe de travail maternité du 05-07-2022
 
 
Le mardi 05 juillet fut la première rencontre pour la mise en place d’un groupe de travail autour de la maternité où se sont réunis :
  • Chantal Birman, sage-femme
  • Michel Dietrich, psychanalyste
  • Ouarda Ferlicot, psychanalyse et membre du RPH-Ecole de psychanalyse
  • Sara Dangréaux, psychothérapeute et membre du RPH-Ecole de psychanalyse
  • Fairouz Nemraoui, psychothérapeute et membre du RPH-Ecole de psychanalyse
  • Julie Billouin, psychanalyste et membre du RPH-Ecole de psychanalyse
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Julie a introduit la réunion en explicitant le contexte de la mise en place du groupe de travail qu’elle a initié. Suite à la rencontre avec Chantal Birman, ainsi que Mahault Decaux, lors de la journée d’étude du RPH de juin dernier « Psychanalyse, maternité et gynécologie », il lui a semblé très important de continuer à travailler ensemble et envisager d’abord une mise en commun de nos savoirs respectifs sur la femme, la mère, la femme devant mère, le soin nécessaire à apporter à l’enfant ; ensuite penser des dispositifs ou lieux nouveaux pour notre société sur cette problématique fondamentale. Il y a différents aspects essentiels, intriqués l’un à l’autre, à considérer : la bonne santé mentale de la future ou nouvelle maman, le bon accueil dans ce monde du nouveau-né, le conjoint à intégrer dans cette nouvelle dynamique. Chantal et Mahault nous ont appris lors de cette journée que le suicide était la deuxième cause de décès pour la mère dans sa première année de maternité. Que pouvons-nous proposer, avec la psychanalyse, à ces femmes, à la société, pour prévenir et prendre en considération cette détresse ?
 
S’ensuit un tour de table des désirs qui nous réunissent.
 
Michel travaille avec des petits enfants depuis 1998, notamment dans un lieu d’accueil dans le 9e, rue de la Boule rouge, qu’il a participé à fonder mais qui actuellement se meurt. Proche du mouvement de psychothérapie institutionnelle, Michel témoigne d’un désir de penser, de construire du nouveau sur la problématique qui nous réunit. D’avoir écouté Chantal lors de la journée de psychiatrie d’Abbeville, et dans un désir aussi de construction d’un lieu nouveau, il lui a semblé qu’il serait pertinent de construire ce lieu avec la consistance du savoir dont Chantal témoigne. Michel remarque que les lieux d‘accueil enfant-parent sont généralement non dévolus : ce ne sont pas des lieux de guidance ni de consultation. Comment pourrions-nos penser ces lieux ? Quoi inventer de nouveau ? L’idée est de penser un lieu qui ait une perspective et qui ne dépende pas des financeurs.
 
Quel pourrait être le relais avec les sages-femmes notamment ?
D’ailleurs, devons-nous penser à la formation même des sages-femmes et aux lacunes quant à la détresse maternelle ? Faire des propositions au gouvernement ?
 
 
Sara Dangréaux témoigne de son désir de participer au groupe à partir de sa propre expérience de la maternité qui l’a confrontée à la solitude, détresse de la femme devenant mère ainsi que de l’appui qu’a été pour elle sa psychanalyse. Si la solitude se rencontre, elle peut se traverser aussi. (Des femmes l’ayant traversé pourrait-elle en témoigner à des femmes en difficultés ? Comment partager ces expériences ?)
 
Ouarda Ferlicot a évoqué l’idée d’un retour des psychanalystes à la maternité. Il n’y en a quasiment plus. (J’ajoute ici que la psychanalyse a pourtant largement œuvré pour le bien-être et la considération de l’enfant dès sa naissance, et même avant sa conception. Il est un être à part entière, à considérer comme tel. Les conditions de son accueil et de sa prise en charge, dès les premiers temps de vie, sont fondamentales pour la suite).
 
Julie met en garde contre le risque que le projet du psychanalyste à l’hôpital soit traité comme le psychologue en milieu hôpital, forme de soutien épisodique en moment de crise.
 
Chantal évoque différents axes de travail et nous rappelle déjà qu’un bébé, c’est le résultat d’une union de deux personnes. Pour quelle raison alors les mères se retrouvent ensuite seule ? Elles ne comprennent pas.
La solitude, de quoi parle-t-on ? On dit aux femmes de reprendre leur sexualité alors que l’allaitement implique un changement libidinal, sensuel, indéniable. La femme a trois organes sexuels. Quelles implications cela a pour la femme ? Pour le couple ?
Chantal nous signale tous les tabous autour de la maternité, notamment du fait du risque supposé d’inceste qui ne permet pas à la vérité de la sensualité de l’allaitement de se dire.
La femme mère souffre de ne plus être à deux (avec le conjoint) alors qu’elle est à deux (avec l’enfant) : ce n’est pas sur lui qu’elle avait misé.
Quant au compagnon, il a perdu sa femme. Il doit être pris en compte dans le projet qui nous rassemble, c’est fondamental.
Ce qui compte aussi pour Chantal c’est la prévention, la mort des femmes par suicide !
Et l’éducation. Chantal nous invite à penser et prendre en compte le rôle de la mère de la jeune mère.
 
Chantal indique différents besoins :
  • pourquoi pas des psychanalystes présents les deux premières nuits à la maternité (difficulté de la mère pour nourrir son enfant alors que le lait n’est pas encore là). Ces nuits particulièrement difficile pourraient-elles être accompagnées par des psychanalystes qui feraient alors des formes de gardes, avec les sages-femmes ? C’est une première idée. Prévention aussi de la douleur et de la détresse du nourrisson à prévoir.
  • pendant la grossesse, inviter les femmes à penser le rapport à leur propre mère. Savoir si leurs mères pourront les consoler.
  • faire des cours avec les grands-mères qui ne sont pas là pour enseigner leur expérience mais être à l’écoute de leur fille.
 
Mais quel rôle pour le conjoint ?
 
Aussi, penser aux femmes qui avortent : ce sont des femmes qui ont été enceintes ! Tabou aussi à ce niveau-là. Ça doit se dire.
 
Michel revient sur le discours injonctif du corps médical quant à la soi-disant nécessaire fusion mère-enfant. Sortir les mères de ce discours.
 
Julie propose de construire un projet et de porter la psychanalyse en dehors des murs du cabinet privé. Il ne s’agit pas de la même temporalité : au cabinet nous recevons des gens en souffrance qui veulent s’en sortir. C’est un espace dédié à un certain public, à certain moment. L’idée là est dans la lignée des propositions qu’avait pu développer Françoise Dolto avec les maisons vertes, dans l’aspect préventif, éducatif, tout en prenant en compte la particularité, la singularité, le cas par cas. Quelle autre disciple et méthode de travail que la psychanalyse pour prendre en compte ces femmes, à ce moment si particulier de leur vie (grossesse, accouchement, maternité) et leur enfant ? Comment le psychanalyste pourrait-il devenir partenaire de la sage-femme ? Puisque c’est elle qui est au plus près de la femme concernée.
 
Il serait peut-être intéressant de se renseigner sur ce que sont, aujourd’hui, les maisons vertes initiées par Dolto. Que proposent-elles ? Sont-elles intéressantes, pertinentes ? Il faut probablement les repenser, et aller plus loin. Pourquoi pas créer un lieu d’accueil (de consultation ? De prévention ? D’éducation ? D’atelier et mise en pratique ?). Avant tout, notre projet est d’unir nos savoirs et d’écrire ensemble.
 
L’idée est de penser et proposer une réponse sérieuse pour aider à la maternité, paternité, à la parentalité. Une forme d’éducation, de lieu de discussion, de partage, de rencontre. C’est une autre démarche que celle de donner des coordonnées de psychanalystes à une femme en détresse à la maternité. Ce n’est pas incompatible et c’est toujours à proposer, mais combien s’en saisiront ? Nous pouvons nous dire que c’est sa responsabilité si son désir ne joue pas le jeu. Nous pouvons aussi considérer que dans ce moment particulier, ce n’est pas forcément sa temporalité à elle ni sa possibilité du moment. Il faut aussi penser au bébé en jeu dans cette affaire, le temps qu’une mère se décide à aller consulter est à prendre en compte pour ce qui se joue pour l’enfant et leur relation (toujours dans une idée de prévention). La détresse de la mère a un impact sur l’enfant. Ainsi, pourquoi pas créer un lieu intermédiaire pour déjà la faire sortir de chez elle car comme le souligne Chantal, ces femmes s’enferment parfois à la maison avec leur nourrisson. Le psychanalyste ne pourrait-il pas se déplacer au domicile ? Il pourrait, comme à l’hôpital. Mais il est probablement plus judicieux et efficace que la mère témoigne de son désir par le minimum qu’est le déplacement dans un lieu autre. Peut-être pas encore un cabinet de consultation privé, mais pourquoi pas un lieu ouvert à un accueil possible.
 
Mais avant cela, la prévention. Aux différents temps de la maternité (avant grossesse, pendant, après), un lieu ouvert à tous ceux désireux de s’informer, apprendre, parler. Chantal insiste sur la nécessité d’informer les femmes, les informer sur leur corps (combien de femmes découvrent la constitution de leur organe génital pendant une grossesse ou accouchement), les informer sur les douleurs (grossesse, accouchement, post-accouchement, allaitement). Comment penser une préparation à la maternité ?
 
Michel évoque aussi l’idée développée par Chantal de la femme devenue mère qui « meurt à sa génération » (à approfondir avec Chantal). Le générationnel est mis en jeu ici. Construire un lieu qui prenne en compte le générationnel ? Les enveloppes. Un lieu où mères et grands-mères pourraient venir.
 
Une pensée de la maternité à construire : tabou de la maternité et tabou de la paternité.
 
Prochaine réunion le 20 septembre 2022 de 12 à 14h.
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